Biographie

Annabel Aoun Blanco est née à Paris, d’origine Franco-Libano-Vénézuelienne, elle vit et travaille à Paris.

 

Son travail donne à voir le rapport critique qu’entretient la représentation des visages, des corps, avec les identités qui les habitent. Tout processus de création plastique appliqué à la personne humaine tend vers une forme de séduction générant des « apparences », lesquelles voilent, sinon se substituent à la réalité intrinsèque des êtres qu’elles représentent.

 

Dans les dispositifs photographiques que met en place la photographe plasticienne, quels que soient les matériaux utilisés (liquide opaque, eau, matière solidifiante) sont conçus pour faire en sorte que le modèle humain ne soit plus en mesure de contrôler son image. Les contraintes imposées par les matériaux, les divers processus d’immersion, privent le sujet de la possibilité de se projeter, de façon consciente ou inconsciente, tel qu’il souhaiterait apparaître.
Ces contraintes participent à la construction esthétique de l’image mais jouent aussi un rôle dans le conditionnement psychique du modèle au cours de la prise de vue.

Un climat quasi-claustrophobique entraîne le sujet, à son corps défendant, dans un « ailleurs », un entre-deux mondes où cohabiteraient la vie et la mort, le charnel et le fantomatique.

Pour que « l’au-delà » du sujet émerge, cet entre-deux mondes où se révèle autant la vie que quelque chose d’inquiétant qui nous échappe, Annabel Aoun Blanco a jugé  préférable de ne pas s’appuyer sur le rapport classique de valorisation réciproque auquel photographe et modèle se prêtent généralement.
Le narcissisme inhérent à notre condition se nourrit d’apparence. Immerger les corps et les visages, les fragmenter, les envelopper, lui permettent de façon paradoxale de détourner cette apparence, la faire régresser ou au contraire avancer jusqu’à un point de bascule inconnu du modèle comme d’elle même.

 

De façon progressive, c’est ce vers quoi son travail tend: « révéler », tant d’un point de vue physique que mental, ce que les corps et visages cachent et néanmoins portent en eux.

Grâce au dispositif et à l’outil photographique (la contrainte, la matière, le figement, la lumière) qui à la fois cachent et révèlent, Annabel Aoun Blanco efface certains éléments de la représentation humaine pour en faire apparaître d’autres. Favorisant leur absence ou leur présence, elle cherche à mettre en avant ce qu’ils ont à la fois d’essentiel et de particulier. Par un mélange subtil du morbide et du sensuel, elle interroge la nature profonde de l’être et de sa représentation.

 

Ses représentations des visages oscillent entre apparition et disparition. Ce va-et-vient définit l’espace de recherche privilégié par l’artiste, entre la vie et la mort. Ces représentations n’appartiennent ni tout à fait aux abysses de l’au delà, ni tout à fait à l’espace tangible du monde des vivants. Cette faille étroite, telle une lucarne de tir spatial pour sortir de l’atmosphère, la conduit à appeler ce champ d’exploration un « interstice ».

Elle explore les mystérieux processus de la mémoire et de l’oubli. Quelle forme prend le souvenir, comment s’incarne t-il, suivant quelles étapes se construit-il ou se délite-il ?

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